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Offre intégrée PAC : l'installateur va-t-il devenir un simple poseur ?

Réglementation9 min de lecture

Depuis le 1er octobre 2026, un ménage modeste peut remplacer sa chaudière au gaz ou au fioul par une pompe à chaleur sans rien avancer. C'est le principe de l'offre intégrée PAC : un crédit, une mensualité plafonnée au niveau de l'ancienne facture d'énergie, et l'entretien compris pendant trois à cinq ans. Le 15 octobre, le gouvernement a présenté la phase 2 du plan d'électrification, avec 17 nouvelles mesures et un cap inchangé : un million de pompes à chaleur en 2030.

Côté ménages, l'offre a tout pour plaire.

Côté installateurs, elle passe beaucoup moins bien.

Ce que contient l'offre intégrée PAC

Tout le monde parle de « leasing PAC ». Le terme est trompeur : le ménage ne loue rien. Il devient propriétaire d'une pompe à chaleur air-eau fabriquée en France ou en Europe, posée par un professionnel RGE. Le crédit couvre le reste à charge après déduction des aides de l'État, lissé sur toute la durée d'engagement. En option, le prix de l'électricité peut être bloqué pendant trois ans.

Les conditions d'accès sont serrées. Il faut être propriétaire occupant d'une maison individuelle de plus de deux ans, en résidence principale, avec des revenus modestes ou très modestes au sens de l'Anah. La pompe à chaleur doit remplacer un équipement au gaz ou au fioul.

Six groupements ont été retenus après un premier appel d'offres cet été. On y trouve IZI by EDF, Hello Watt avec Engie, Octopus Energy avec Effy, Sonepar avec TotalEnergies, et deux consortiums qui réunissent acteurs de la rénovation, fabricant et financeurs. Ensemble, ils se sont engagés sur 55 000 pompes à chaleur. Un deuxième appel d'offres de l'Ademe est prévu à partir du 31 décembre.

Pourquoi les installateurs grincent des dents

Dans la plupart de ces groupements, le pilote est un fournisseur d'énergie. Le client signe avec lui. L'installateur intervient au bout de la chaîne : il dimensionne, il pose, il revient pour l'entretien, à un prix fixé en amont par d'autres.

À la FFB, l'union du génie climatique craint ouvertement de voir les installateurs devenir des sous-traitants, parfois sans même fournir le matériel. La CAPEB a répondu le jour même des annonces par une formule sèche : « Un artisan n'est pas un poseur. » Elle rappelle que le dimensionnement, le désembouage ou le calorifugeage conditionnent la durée de vie d'une installation. Un prix calé sans tenir compte du chantier finira par comprimer les marges, puis la qualité.

L'inquiétude est fondée. Un installateur qui ne détient ni le contrat ni la relation client perd ce qui faisait la valeur de son entreprise : le client qui le rappelle, qui le recommande, qui lui confie le chantier suivant. Avec l'offre intégrée, ce client a le numéro du groupement.

55 000 pompes à chaleur face à un objectif d'un million

Avant de parler d'ubérisation de la filière, il faut regarder les volumes. Les six lauréats s'engagent sur 55 000 machines. L'objectif national est d'un million. L'offre intégrée représente donc moins de 6 % de la trajectoire, sur un public très ciblé.

L'immense majorité des pompes à chaleur posées d'ici 2030 passera par les circuits classiques : les aides de l'État, que la phase 2 rassemble en un guichet unique au lieu de deux, le crédit bancaire ou le paiement comptant.

Toutes ces machines devront être entretenues. Et pour celles-là, personne n'a encore décidé qui tiendrait le contrat.

Dans un groupement, on garde le partenaire qui documente

Pour les installateurs qui travailleront avec les groupements, un point ne bougera pas : l'engagement d'entretien court sur trois à cinq ans. Le pilote doit pouvoir prouver, machine par machine, que la visite a eu lieu, ce qui a été contrôlé et ce qui a été changé. C'est lui qui répond au client, et à l'État.

Entre deux sous-traitants qui posent aussi bien l'un que l'autre, il gardera celui qui envoie un rapport signé le jour même de l'intervention, avec les photos, les relevés et la référence de l'équipement. Pas celui dont les bons arrivent en fin de mois, scannés de travers.

Le savoir-faire technique reste la condition pour entrer. La traçabilité devient la condition pour rester.

Hors dispositif, l'entretien redevient votre produit

Le vrai sujet pour la filière n'est pas l'offre intégrée. C'est le parc. Chaque pompe à chaleur posée demande une visite régulière, des dépannages l'hiver, des pièces, des réglages.

L'installateur qui transforme chaque pose en contrat d'entretien construit un revenu récurrent que personne ne peut lui retirer. Il connaît la machine, le logement, l'historique des pannes. Il peut proposer lui-même un financement : la CAPEB a signé une charte avec Coédis et Sofinco pour faciliter le crédit sur les pompes à chaleur. Surtout, il garde le client.

Ce modèle existe déjà chez les chauffagistes qui gèrent des centaines de contrats chaudière. Ce qui change avec la PAC, c'est le volume. Et la difficulté à le suivre sur papier.

Ce que ça demande, concrètement

Tenir 300 contrats d'entretien avec un classeur et un agenda partagé, c'est possible. Pendant un an.

Ensuite, les dates de visite glissent. Un technicien part sans savoir quel modèle l'attend. Un client rappelle en janvier pour un code erreur, et personne ne retrouve la date de mise en service.

Ce qui fait tenir un parc, c'est un fil continu : le client, son contrat, ses équipements et chaque intervention, reliés au même endroit. La date de la prochaine visite se calcule seule.

Le technicien voit sur son téléphone la machine, sa plaque signalétique, les dernières interventions. Le rapport est dicté, signé sur place, envoyé dans la foulée.

Le client demande une intervention depuis un portail, sans passer par le standard.

Rien de tout ça ne demande une usine à gaz. Ça demande que l'information saisie une fois serve partout, au lieu d'être recopiée trois fois entre le carnet, le tableur et la facture.

Le jour où un groupement ou un bailleur vous demandera l'historique d'entretien de ses 200 pompes à chaleur, la réponse tiendra en un export.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'offre intégrée PAC ? C'est un dispositif lancé le 1er octobre 2026 dans le cadre du plan d'électrification. Il permet à un ménage modeste de remplacer une chaudière au gaz ou au fioul par une pompe à chaleur air-eau sans avance de frais, via un crédit dont la mensualité ne dépasse pas l'ancienne facture d'énergie. La pose par un professionnel RGE et l'entretien sur trois à cinq ans sont compris.

Qui peut bénéficier du leasing de pompe à chaleur ? Les propriétaires occupants d'une maison individuelle de plus de deux ans, en résidence principale, aux revenus modestes ou très modestes selon les barèmes de l'Anah, qui remplacent un équipement au gaz ou au fioul.

Un installateur peut-il proposer lui-même l'offre intégrée PAC ? Pas seul. Les offres sont portées par des groupements retenus par appel d'offres de l'Ademe. Un deuxième appel d'offres est prévu à partir du 31 décembre 2026, et la CAPEB défend la création de groupements qui associent pleinement les entreprises artisanales.

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